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 feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg

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MessageSujet: feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg    Lun 16 Juin - 23:52:34

      Car ceux-ci, les cauchemars, n’existent pas seulement au creux d’une voûte crânienne— hélas. Éveillé, l’un se croira et se sentira à l’abris de ces manifestations. N’est-ce pas à ce moment, le cœur vulnérable et ouvert, qu’ils sont attirés? Que l’impact n’en sera que plus sanglant? L’organe pompant plus de sang, prit de court à la vue d’images blessantes. Effrayantes. Réveille-toi, alors, criait le cerveau. Hurlait-t-il, même. Il désire ardemment de se défaire de ces sensations qui l’enchaînait et l’obligeait à subir une des pires tortures; une torture sournoise et sourde, interne, dont personne ne pouvait échapper ni se protéger de.

      Avec affolement, mes yeux s’ouvrirent et parcoururent la pièce. Le cadran indiqua, d’un air moqueur, trois heures et des poussières. Du matin, évidemment. La chambre de patient qui m’eut été assignée depuis des mois déjà m’entourait. Mais je ne la reconnut pas, soudainement et me retrouvait avec l’impression d’être pris au piège. Que faisais-je en ces lieux? Pourquoi étais-je considéré comme fou, ou malade? Bien qu’ils fussent synonymes. Et pourquoi ces visions? Pourquoi ces changements physiques? Personne pour répondre aux questions innombrables et confuses. Je ne me sentis plus très confortable dans l’obscurité, et me levai pour tirer les rideaux.

      Une lumière tamisée souffla sur les meubles et mon visage, l’astre lunaire offrant un clin d’œil aux oiseaux de nuit. Je l’observai longuement, cherchant la quiétude sans la trouver. Celle-ci refusait, obstinément!, de se montrer à moi. L’angoisse ne me connaissait pas, ne me comprenait pas, alors pourquoi refusait-elle de s’en aller?

      Cimetière. L’envie de m’y retrouver ne cessait de me hanter et l’angoisse ne faisait qu’être ressentie davantage. Je ne désirais pas quitter l’institut, pas même le bâtiment. Ce n’était pas les morts-vivants ou les esprits qui m’insufflaient la peur, mais plutôt l’idée d’être seul. Sans certitude, certes, je sus que des corps dormaient quelque part entre les quatre murs voisins aux miens. En m’aventurant à l’extérieur, la végétation serait seule à me saluer. Je ne voulais pas son accueil. Pas en tant qu’interné dans une asile. Non.

      Hésitant, je me détourna des carreaux vitrés et vit que déjà une vingtaine de minutes s’étaient écoulées depuis mon éveil. Tout un exploit que de perdre son temps ainsi. Mais quel temps? Quelle importance? J’en avais trop. Avais-je faim?

      Estomac de merde; il émit un léger bruit. Je n’avais pas l’intention de lui donner ce qu’il réclamait, mais lui fit croire le contraire et sortit donc de la chambre. Personne dans les couloirs et ainsi aucune paire de yeux pouvant tomber sur mon corps à moitié nu. Je n’étais pas très pudique, mais la tâche de fourrure blanche sur mon ventre inspirait cette nouvelle caractéristique. Autant que mes prises de poids périodiques. Heureusement, il n’y avait pas encore combinaison des deux.

      Mal à l’aise malgré l’absence de convives, je croisai les bras et voûtai le dos; je marchais presque sur la pointe des pieds. Tout l’art d’être discret. En direction de la cuisine (de Loras) dont je possédais la clé, je m’eus dit que je pouvais y passer le reste de la nuit. Mon heure de réveil habituelle s’approchait, une ou deux heures d’écart ne sauraient faire une différence…

      Attendre le lever du soleil avec une tasse, voir plusieurs, de chai, n’était pas une activité déplaisante. Mais la solitude se joindrait et alors la journée ne s’améliorerait pas. Être réveillé, sans cesse, par de créations oniriques malhabiles n’aidait pas les cernes creusant mes orbes verts. Je ne les aimais pas. Je levai d’ailleurs le regard du carrelage si intéressant et vit mon reflet dans une des fenêtres du couloir.

      Reflet qui n’était pas… étais-je toujours endormi ? L’obscurité s’ensuivit et s’empara de ma conscience, l’enveloppant dans un velours d’oubli. Encore… Que veut-il? Juste de la chaleur… la solitude est une cruelle invention. Et il n’y a que soi à blâmer pour. Doucement, les pas reprennent leur cours et longent les murs, cherchent une présence. Il n’y a personne. Pas une âme. Qui? Qui pour égayer le sentiment dévorant?

      Sud, l’aile Sud… j’avançai sans m’en rendre compte, jusqu’à la porte de sa chambre. Un grattement se fit entendre, mes pattes caressant de leurs griffes la dites porte. Je m’eus posé au sol, la joue contre la surface fraîche. Les yeux fermés, épuisé, mais sans cesser les griffures.
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MessageSujet: Re: feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg    Dim 29 Juin - 13:18:40


Feed me diamonds

Il y avait un manège. En plein milieu de la pièce immense, devant le bureau. L’un de ses anciens carrousels, petit mais joliment décoré, avec des chevaux de bois aux couleurs chatoyantes et une étrange musique qu’on entendait à peine. Les équidés sculptés tournaient inlassablement devant ses yeux émerveillés, tantôt au pas, tantôt au galop, montant et descendant en rythme. Et lui, assis dans son large fauteuil, avait retrouvé l’apparence du petit garçon qu’il était une vingtaine d’années plus tôt. Bien sûr, il aurait dû trouver cela étrange, mais cela ne semblait pas être source d’inquiétude pour lui. Après tout, les rêves ne se soumettaient à aucune logique. Alors non, il se contentait de regarder le manège, le visage illuminé par les lumières colorées, et par un grand sourire. Et d’applaudir, parfois. La ronde des chevaux suscitait chez lui un curieux sentiment de joie mêlée de nostalgie. Si seulement Mirjam était là pour faire un tour avec lui… Mais elle était absente, pour une raison inconnue. Peut-être était-elle dans une autre pièce, non loin. Impossible de savoir.

Clic.

La musique se tut, et les lumières s’éteignirent soudain, comme si quelqu’un avait appuyé sur un interrupteur. Ou comme si l’électricité avait été coupée. Mais le manège ne s’arrêta pas pour autant, se mettant à projeter des ombres gigantesques et déformées sur les murs de la pièce. Au départ chaleureux, le spectacle se faisait alors inquiétant. Mais Raphaël n’avait pas peur. De retour à l’âge adulte, il se leva et grimpa sur la plateforme circulaire, parmi les chevaux. Ces derniers n’étaient plus en bois, mais faits de chair et de sang, bien vivants, et certains avaient pris l’apparence de chimères improbables. Certains se voyaient affublés de bras ou de jambes humaines inutiles et inertes. D’autres enflaient et prenaient toute la place disponible, ou à l’inverse maigrissaient jusqu’à devenir des silhouettes décharnées, dont les longs membres lui rappelaient certains tableaux de Dali. « Les Eléphants », ou quelque chose comme ça. Le tout aurait fait froid dans le dos à n’importe qui.

Mais pas à lui. Au contraire. Il se frayait un chemin parmi eux, sans crainte ni dégoût, et caressait leurs encolures avec douceur. Dans sa main, d’ailleurs, était apparue une lame familière, qui brillait dans l’obscurité. Et une petite voix lui indiqua qu’il fallait choisir l’une des bêtes, pour l’ouvrir et voir à l’intérieur. Peut-être y découvrirait-il des choses merveilleuses… Alors il se mit à marcher plus vite, le manège était devenu couloir, et les chevaux - ou plutôt les créatures - étaient des centaines. Elles frémissaient, grognaient et se bousculaient pour se mettre hors de portée. Frustration. Accélérer encore le pas, tandis que le parquet commençait à grincer. Et les animaux se mettaient à griffer les murs.

Réveil. En sueur, le chirurgien se redressa brusquement pour regarder autour de lui, sans comprendre. Il s’attendait à se réveiller dans sa chambre d’enfant, avec sa moquette bleue, ses meubles miniatures et ses dessins d’insectes au-dessus de la commode. Il aurait ouvert les yeux sur le petit crucifix en bois accroché au-dessus du lit, et aurait appelé Mirjam. Mais non. Où était-il alors ? Ah. Oui. L’Institut. Il se souvenait, maintenant. Perturbé, il passa ses mains sur son front, pour rejeter ses cheveux en arrière. Les frottements qu’il avait perçus en songe continuaient de résonner dans la chambre. Ils provenaient de la porte. C’était sûrement cela qui l’avait tiré des bras de Morphée.

« J’arrive… »

Il alluma en vitesse la petite lampe posée à côté du lit, et se dirigea vers ladite porte, pieds nus mais vêtu de son pyjama gris. Qui cela pouvait-il bien être ?
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MessageSujet: Re: feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg    Mar 1 Juil - 15:41:29

      Lie with me, lie to me

      Dès le contact visuel qui y s’eut produit durant les instants précédents, ma conscience semblait s’être fracassée contre du marbre; d’épars et infimes morceaux se répandant sur le sol de, du tapis de mon esprit.

      Au bruit de pas, inévitablement ceux de l’occupant de la chambre, Leannán retint son souffle. Un souffle erratique, comme incertain de sa volonté de vivre en ce monde. Un à un, les paupières se soulevèrent pour dévoiler ses iris, comme s’il aurait pu voir la silhouette derrière la porte. Chaque seconde passée semblait durer une éternité. Attendre, attendre…

      Nul n’étant particulièrement habitué au tempérament tiède du garçon ne pouvait assumer que tout autre comportement n’était dû qu’à des hormones productives et déréglées. Sa jeunesse jouait sa carte, bafouillant la plupart face à ce changement imperceptible… Et pourtant, l’un et l’autre étaient loin d’être identiques. Tous deux souffraient d’une phobie de la solitude. Accrue au point d’insuffler de mauvais songes durant la nuit à celui aux cheveux bourgognes. Songes qui l’inspiraient à jouer aux somnambules et qui le faisaient se réveiller dans des endroits inquiétants.

      Souvent le cimetière.

      Le Chat agissait selon ce qui l’arrangeait ou l’amusait le plus. Une entité qui préférait blesser les autres que d’être blessé en retour. Physiquement ou pas, cela n’avait aucune importance. Parfois chaque geste était dénué de sens. Comme le fracas des lunettes… qui d’ailleurs avait laissé une cicatrice toute fraîche au creux de la paume du jeune Irlandais. Maintenant celle-ci marquait ses coussinets. Les coups de griffes cessèrent.

      Il se redressa, sans se presser malgré les pas qui s’étaient arrêtés devant la porte. Celle-ci allait s’ouvrir, s’ouvrit pour découvrir des pieds nus. Dans l’aile Sud se trouvait la chambre du chirurgien, l’homme à la lame de scalpel. Une vague de douleur sembla lécher son corps entier; un frémissement des plus agréables. Ou si ce n’eut été agréable, un adjectif s’y rapprochant. Ce pouvait être considéré plus qu’agréable.

      Non pas sans demander l’autorisation, l’O’Keefe entra. Il franchit le seuil et observe les meubles qui emplissent la pièce. La lumière lui picorait les yeux, mais soit, cela ne le dérangeait pas. Son odeur semblait être partout, enivrant son odorat. Je portai une main à mon front et me pliai, plissant les yeux et cherchant à me défaire de l’enveloppe sombre qui me bousillait le crâne. Contre tout bon entendement, mes pas m’eurent apportés au Suédois.

      Come on, dismantle me, do it slowly

      Or, ce dernier venait d’être réveillé. Tiré des profondeurs de l’inconscience et si son rêve avait été celui de doux souvenirs? Ne serait-il pas en colère? Ou de mauvaise humeur, dans tous les cas. Le patient ne pouvait se rappeler l’avoir vu se fâcher. Si calme, si composé… une œuvre avec la couverture solide et la reliure efficace. Je tentais, par tous les moyens, de ne pas m’effondrer. Ce n’était pas évident. Je refermai la porte, m’y adossai, fermai les yeux et les rouvrit.  

      « Ne… me chassez pas… » soupirai-je en levant les yeux sur son visage, dans son regard insoutenable. D’ordinaire. Je ne voulais pas retourner à ma chambre. Ni nulle part ailleurs.

      Si seulement…

      Ce n’était pas la nuit…

      Il aurait pu m’accueillir, à sa façon…

      Et faire couler mon sang…

      Ne serait-ce que quelques instants…

      Tranquillement, ces mots traversèrent mon esprit moins embrumé bien que souffrant, sans que mes prunelles absinthes ne le quittèrent pour autant.
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MessageSujet: Re: feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg    Sam 19 Juil - 23:36:30


Feed me diamonds

Un chat perdu. Voilà ce qui était à l’origine du bruit grinçant qu’il avait perçu dans son sommeil. Un petit chat à l’air désorienté et aux cheveux couleur carmin. Des cheveux ? Voilà qui était étrange pour un chat. Mais ses grands yeux verts et ses pattes de velours ne laissaient pas de doute. Il s’agissait bien d’un félin, malgré son apparence humanoïde. Était-ce une mutation ? Ou peut-être que le brun ne s’était pas réveillé, après tout, et qu’il continuait de rêver. Bien sûr, il aurait pu – ou dû – se pincer le bras pour s’en assurer, mais…quelque chose le retint, et il préféra laisser planer le doute, plonger tout entier dans un rêve lucide aux limites floues. Rien ne l’empêchait d’y repenser plus sérieusement le lendemain, s’il le souhaitait. En attendant, le songe continuait dans son esprit.

Le chat avait dû s’échapper du manège aux monstres, quelques minutes auparavant. Et à présent, il était là, devant lui. Comme s’il voulait s’excuser de s’être défilé. Ce fut d’ailleurs avec une gêne bien visible qu’il se glissa à l’intérieur de la chambre dès qu’il en eut obtenu l’autorisation. Le scientifique se mit alors à l’observer, fasciné tant par son visiteur nocturne que par l’impression grandissante de vivre une expérience nouvelle. Ses yeux d’ambre balayaient le nouveau venu, comme pour voir à travers lui, analysant chaque information. Le visage crispé, qu’il connaissait déjà, il s’en rendait compte à présent. Le corps presque féminin, à demi nu, appuyé contre la porte et doté de ces drôles de pattes couvertes de fourrure. Et les cheveux, dont la teinte si particulière confirmait qu’il rêvait de Leannán O’Keefe, un patient qu’il avait déjà ausculté plusieurs fois. Puis vint enfin la voix, qui s’éleva à peine dans le silence ambiant.

« Ne… me chassez pas… »

Le chasser ? Quelle idée bizarre. Pourquoi l’aurait-il chassé ? Pour Raphaël, chaque sujet d’étude était passionnant. Et il chérissait chacun des êtres de son manège intérieur de la même façon ; c’était un sentiment très complexe, qui tenait à la fois de l’attachement, de la faim et de la pitié. Le chat-humain ne faisait pas exception à la règle. Le regard du chirurgien s’emplit de tendresse, et il sourit à la petite créature angoissée. Puis, sans rien dire, il s’approcha et la prit dans ses bras, très sereinement, très chastement. Il voulait la réconforter. La voir se calmer avant…ce qui suivrait. Il avait déjà vu ça auparavant, à la télévision, dans un reportage sur la faune d’Afrique. Parfois, les grands fauves parvenaient à apaiser leur proie, juste avant de l’achever. Elle ne semblait plus avoir peur, et ce phénomène avait beaucoup impressionné le jeune suédois, à l’époque. Il espérait pouvoir apporter le même genre de réconfort à son jeune visiteur.

Ce dernier restait silencieux, de son côté. Pendant un moment, le brun eut donc tout le loisir d’écouter la respiration de l’autre, et de sentir les battements de son muscle cardiaque à travers la fine couche de tissu qui les séparait. Le rythme était rapide, du moins au début. Puis il ralentit doucement. Le chirurgien se mit à imaginer le sang qui s’écoulait dans ses artères, puis ses veines, retraçant inlassablement le cycle de l’appareil circulatoire. Il le sentait, là, sous la peau fine et blanche comme du papier. Et sans surprise, cela lui donna soif. Alors, il se décida à parler au chat de son rêve. Ce n’était ni une question, ni un ordre ou une menace. Juste une affirmation, murmurée calmement à l’oreille du plus jeune.

« Je vais te disséquer. »
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MessageSujet: Re: feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg    Mer 30 Juil - 22:52:13

      My hands, my feet, my voice, take everything

      Fantasme prononcé à haute voix, ou promesse d’un moment à venir? Mes pas m’avaient guidés jusqu’ici sans demander l’avis du cerveau et maintenant je m’eus retrouvé dans une situation des plus délicates. Il ne faudrait pas se méprendre; je n’éprouvais aucune frayeur à l’idée d’être disséqué. Ce qui rendait la dites situation fragile était un facteur important. L’état du plus vieux, dont les bras entouraient ma silhouette. Dont la chaleur m’enveloppait d’un sentiment réconfortant. Je restai calme,

      Ou du moins essayait. En soi, ce n’était pas très difficile, mais je devais faire attention. Il fallait distraire le Dr Lindberg de ces idées, de cette idée en particulier. Mais comment? Je l’ignorai encore, et commençai par me détacher, m’évader de cette étreinte mortelle. J’eus l’impression qu’il m’injectait une dose de morphine élevée, m’empêchant de réfléchir clairement. Alors que ce devait être la fatigue qui m’infectait enfin. Qui reprenait le contrôle de mon système, s’insinuant dans mes veines et me ralentissait davantage que d’ordinaire.

      « N’êtes-vous pas… encore en train… de rêver? » demandai-je en pensant chaque mot comme s’ils eurent été chacun une mine à ne pas faire exploser. Le silence de la pièce nous entourait et interdisait presque des phrases complètes ou multiples. D’autant que l’éveil éventuel, complet, n’était pas à écarter des évènements à suivre.

      Tout était une question de précaution. Aucun mouvement brusque ni voix forte. Êtes-vous en colère? Je me posai la question sans la prononcer, restant prudent.

      En levant à nouveau ces yeux de félin affamé sur son visage, je le détaillai durant quelques courts instants. Ses prunelles si sombres que je connaissais, qui m’eurent provoqués maintes fois des frissons au bas du dos. Pas de peur, mais d’anticipation. Comme si quelque part, au fond de mon être, j’eus su de quoi il était capable. Et pourtant, ce serait sans avoir la moindre idée des capacités en question. Ses lèvres qui ne se tordaient jamais en une grimace, qui laissaient sortir que du professionnalisme.

      Mais en étant aussi professionnel que lui, on laissait derrière soi planer un doute immense sur sa santé mentale. Le masque qui recouvrait son faciès était fragile et cachait beaucoup trop. Je peinais à comprendre exactement ces pensées, mais me faisait ainsi plusieurs idées. Depuis ma seconde phrase qui eut été émise dans la chambre, je m’étais éloigné tout en subtilité du chirurgien. Si un objet tranchant se cachait dans ses vêtements, il ne voulait pas le sentir contre sa peau.

      En proximité de la table de chevet et du lit, j’eus caressé celui-ci de la patte. En tâtant le matelas, je réalisai à quel point mon crâne me faisait souffrir. J’avais besoin de dormir, une journée voir une semaine complète. Plus tard. Toujours plus tard… Ce n’était pas mes draps, pas dans mes intentions de piquer un somme pour l’instant.

      Reduce it all to crystal blackness

      Gestes maladroits, fouillage inutile et pourtant nécessaire. J’eus glissé une main, patte, sous l’oreiller. C’est doux, je m’y attardai une seconde de plus et me redressai. Il n’y avait pas ce que je convoitais. J’avais eu une idée, certes pas la meilleure et encore moins la plus intelligente, mais nous pouvions blâmer la nuit. Celle-ci invitait toutes sortes d’impulsivités absurdes. L’idée était de trouver une lame avant lui, si ce dernier n’en avait pas déjà une.

      Évidemment.

      Résultat, je cherchai toujours jusqu’à réaliser que le lit ne dissimulait aucune arme. J’eus fourré une patte dans un des tiroirs de la table de chevet, mais j’abandonnai assez vite. Ce fut à ce moment que le bureau me tapa dans l’œil. Là, il y en aurait. J’en étais persuadé. Tranquillement, mais pas lentement, je m’eus approché du meuble ciblé et abandonnait la subtilité. J’ouvris un tiroir. Non, le second. La lame semblait me sourire, m’invitant à la prendre dans ma main. Ce que je fis, puis je refermai le tiroir.

      Cause blind discipline it’s useless

      Doucement, je m’eus retourné et lui refis face. J’approchai la lame du thorax. Ce pouvait être notre secret. Je ne dirais rien, et lui n’avait pas besoin non plus.

      « Êtes-vous plus… éveillé? »

      Sourire, imitant celui de l’objet emprunté. J’étais prêt.

      « I won’t tell… »

      What’s the good in being good?
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MessageSujet: Re: feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg    Mer 27 Aoû - 16:50:40


Feed me diamonds

L’étreinte se poursuivit un instant, alors que planaient encore dans l’air les traces de sa courte phrase. Le garçon ne s’était pas débattu, n’avait pas sursauté, ni même frémis entre ses bras. Le sourire du brun s’élargit. Le chat semblait ainsi l’accepter pour bourreau. Il n’avait pas peur, ou dans le cas contraire, il la réprimait à merveille. Et pour le chirurgien, il n’y avait pas de plus beau cadeau. Un sujet d’étude consentant… Oui, il serait parfait. Les notions de proie, de prédateur s’évanouirent dans son esprit. Elles n’avaient plus raison d’être, et le rêve en devenait d’autant plus doux. Il n’essaya pas de retenir Leannán quand ce dernier s’écarta doucement de lui. Il n’avait pas besoin de le retenir. Ce court contact avait suffit à ajouter un nouveau sentiment à la liste de ceux qu’il éprouvait envers le jeune irlandais : la confiance.
La voix douce de son vis-à-vis s’éleva bientôt, pour formuler une question avec lenteur, comme si elle devait se frayer difficilement un chemin à travers le silence ambiant.

« N’êtes-vous pas… encore en train… de rêver ? »

Hocher la tête doucement. Définitivement, cette scène avait quelque chose d’onirique. Et si le chat ne s’en rendait pas compte, pour Raphaël il s’agissait du songe le plus lucide qu’il eût jamais fait. Il tira d’ailleurs une certaine satisfaction de cette pensée : cela lui était déjà arrivé, mais habituellement, il se réveillait dès qu’il se rendait compte qu’il n’évoluait pas dans la réalité. Cette fois…était différente. Sans répondre plus explicitement à la question, il prit place sur le bout du lit, caressant du bout des doigts l’édredon couleur de terre qui le recouvrait. L’autre, de son côté, s’était mis à fouiller les meubles, partout dans la pièce. Que cherchait-il ? De quoi boire, de quoi manger ? Peu probable, puisqu’il inspecta aussi la literie. Le brun passa de longues minutes à l’observer en silence, sans bouger. Parfaitement calme. La patience était l’une de ses qualités, et rien ne l’obligeait à se presser ; la nuit avait encore plusieurs belles heures à offrir.
Ah ! Le garçon avait trouvé ce qu’il cherchait, apparemment, puisqu’il prit quelque chose dans l’un des tiroirs du bureau avant de se retourner vers son aîné. L’objet était un scalpel. L’un de ses scalpels jetables qui peuplaient le deuxième tiroir. Le rythme cardiaque de Raphaël s’accéléra en voyant la lame s’approcher du torse de Leannán.

« Êtes-vous plus… éveillé ? »

Quelques mots en anglais suivirent, couverts par le bruit sourd des battements de cœur dans sa poitrine. L’état de conscience du chirurgien lui importait-il à ce point ? Si tel était le cas, mieux valait le rassurer. La vérité importait peu, après tout. Il se leva donc, et effectua quelques pas vers le patient, jusqu’à se trouver juste devant lui, à quelques centimètres à peine de l’instrument tranchant et de son torse. Avec lenteur, il leva les mains et les posa sur les épaules frêles où coulaient les cheveux rouges.

« Plus que jamais. »

Il ne s’agissait pas réellement d’un mensonge. Tout lui semblait parfaitement clair, comme si ses sens avaient été aussi aiguisés que la lame dont il allait bientôt se servir. Il était présent, très présent, tangible. Et doucement mais fermement, il entraîna son cobaye vers le lit. Les draps avaient été un peu défaits suite à la fouille, mais cela ne dérangea pas longtemps le scientifique, qui les repoussa rapidement pour ne laisser sur le matelas qu’une housse blanche. Il songea un instant à protéger le tissu avec quelques serviettes éponge, mais il aurait fallu aller jusqu’à la salle de bain pour en trouver, et il abandonna donc cette idée bien vite. Il était temps de se mettre au travail. Pendant que le plus jeune prenait place sur le lit, il entreprit de s’attacher les cheveux en un vague chignon avec un élastique qui trainait sur le bureau, puis sortit le matériel minimal nécessaire. Une paire de gants, une pince, de quoi désinfecter, de quoi recoudre… Tout fut bientôt là, prêt à être utilisé. A présent, il fallait s’assurer que le sujet ne se débattrait pas, sous l’effet de la douleur.

« Je vais t’attacher. N’aie pas peur. »

Dans sa salle d'opération personnelle, il avait prévu des liens de cuir pour les patients trop violents. Ils auraient été très pratiques dans la situation présente, mais puisqu’ils se trouvaient dans la chambre, quelques cravates suffiraient. Le brun prit soin de choisir celles auxquelles il tenait le moins. Au cas où. Et il se mit à attacher chacun des membres de Leannán aux barreaux du lit, tout en caressant ses cheveux à intervalles réguliers. Il ne voulait pas l’effrayer. Vraiment pas.
Du moins, au début.
Mais lorsqu’il posa les yeux sur le garçon incapable de bouger, à sa merci, l’appel de la Curiosité revint en force. Ouvrir ouvrir ouvrir ouvrir. Sa main se dirigea d’elle-même vers son instrument favori. Et le masque finit par tomber. Le sourire était un peu plus effrayant que d’ordinaire. Les yeux un peu plus écarquillés.

« Ça va faire un peu mal. »

La lame pénétra dans la chair, au niveau du torse. Et la première goutte de sang se forma, coula sur la poitrine, puis le flanc, pour aller s’écraser sur le drap blanc.
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MessageSujet: Re: feed me diamonds • Raphaël A. Lindberg    Sam 13 Sep - 21:23:59

      Mal. Oui, lorsque la coupure entra en contact avec l’oxygène de la pièce. J’eus un tremblement imperceptible, un tressaillement des lèvres qui eurent presque échappés un gémissement.

      Pourtant j’accueillais la douleur qui parcourait chaque millimètre de peau découpée. Mes paupières s’abaissaient et se soulevaient à des intervalles écourtées, papillonnant par-dessus mes iris absinthe. J’eus fixé le visage de l’homme qui m’avait entraîné vers le lit. J’eus étudié l’expression de cette personne qui m’avait attaché. Tout individu sain aurait prit peur, se serait tortillé et aurait crié, mais moi…

      Un sentiment tout autre m’étais inspiré. Je n’éprouvais qu’une reconnaissance sans bornes à son égard. La lame, la sienne, qui me léchait le derme et en séparait les composantes pour exposer ce coulis de rubis, le mien, faisait fuir le Chat. Cette entité qui s’emparait de mon corps pour le manipuler à sa guise et qui me donnait l’impression de ne plus exister. Je l’haïssais, je cherchais par tous les moyens à m’en débarrasser. C’était aussi lui qui m’emmenait à maintes reprises jusqu’au cimetière, j’en étais certain.

      Là, malgré l’impression d’être un agneau sacrificiel sur une table de pierre, je n’aurais pas échangé ma place avec quiconque. J’eus ressentis une fatigue plus tôt et celle-ci avait disparue complètement. J’étais en alerte et en possession complète de mon esprit, occurrence rare depuis mon arrivée en ces lieux maudits. Est-ce que les scientifiques étaient tout aussi malheureux que nous, les patients? Je ne pouvais pas avouer avec certitude qu’ils étaient plus choyés ou à l’abris de quoi que ce soit.

      Si le chirurgien se faisait prendre avec son scalpel dans ma chair, ne serait-il pas réprimandé? N’aurait-il pas des problèmes? Je ne souhaitai pas lui en causer, mais puisque cette pensée m’était venu en tête, il y avait possibilité que ce soit le cas. Ce ne semblait pas le tracasser le moins du monde, sinon il y aurait eu une réticence dans ses gestes posés à mon encontre et il n’y en avait pas eu.

      Il s’était emparé de mes épaules avec fermeté, n’avait montré aucune peur lui-même. Alors pourquoi aurais-je du en ressentir? Était-ce une activité habituelle pour le Suédois? J’entrouvris les lèvres, fermai les yeux, expirant longuement. Je saignai et je souffrais à mesure que les secondes s’écoulaient. Le silence restait maître, je ne m’écriai pas, serrait les dents pour réprimer tout bruit d’animal blessé.

      Outre les petits soupirs qui m’échappaient malgré tout le contrôle que je m’étais imposé.

      Nul passant dans les couloirs ne saurait ce qui se passait entre les quatre murs de cette chambre. Même un gardien ne soupçonnerait pas la lumière sous la porte, sachant que la dite chambre appartenait à un membre du personnel. Pourquoi mes pas m’avaient guidés jusqu’ici? Maintenant je pus avoir une petite idée. Un instinct des plus étranges, peut-être, mais qui avait su que le Dr Lindberg pouvait m’être d’une aide précieuse.

      Seulement, serait-elle aussi simple à acquérir une prochaine fois?

      « Vous… ne vous inquiétez pas… faites-moi subir… tout ce que vous voulez… » soufflai-je doucement, en espérant presque qu’il ne m’ait pas entendu. « Je ne crierai pas… »

      Intentionnellement, cela dit.
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