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 you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.

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MessageSujet: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Mar 10 Juin - 0:57:55

      Maussade, la nourriture me paraissait infecte. Au bout d’une trentaine de minutes, supposai-je puisque je n’eus aucune horloge sous les yeux, celle-ci devint froide. Drôle comment les aliments puissent être affectés par l’humeur de ceux qui se l’enfournent dans la bouche. Je n’avais pas faim, et j’étais toujours dégoûté du changement de ma morphologie. Ces pattes ne m’allaient pas, elles étaient difficiles à utiliser. Et ces coussinets affreux desquels sortaient de courtes griffes m’effrayaient presque. À plusieurs reprises, elles m’avaient laissés de longues marques rouges et profondes. Ce ne fut par exprès que je les faisais apparaître sur ma peau; là n’était l’œuvre que d’une maladresse mal dressée.

      Par faute de ne pas savoir comment tenir ma fourchette, du moins pour un lapse de temps étendu, j’étais longuement présent dans le réfectoire. Plus que d’ordinaire. Concentré à essayer d’apporter la nutrition à mes lèvres, je ne pouvais même pas dessiner durant mon repas. Cela aurait pu m’ennuyer, mais je ne parvenais pas à l’être. La frustration se dissipait lentement dans mon circuit sanguin et je ne tiendrais pas plus à essayer de faire quoi que ce soit de civilisé avec ces machins bestiaux. J’aimais les animaux, mais je ne les avait jamais enviés à ce point.

      « A~ah non! » que je m’exclamai, silencieusement; l’ustensile vint percuter le sol pour la deuxième fois. Le vacarme qui fut produit me fit tendre les muscles. Probablement parce que c’était le seul bruit depuis un moment.

      Je me penchai en fronçant les sourcils, agrippant l’objet pour le poser sur la table. Ce repas n’était pas prêt de se terminer. Il n’y avait que la moitié d’entamée et plutôt que de m’obstiner, je décidai d’abandonner. Esquisser dans mon carnet à croquis me paraissait comme une meilleure idée. Peut-être alors d’autres apparaîtraient. Tranquillement, j’écartai le plat et attirai le cahier qui n’avait pas été touché depuis que je l’eus posé en arrivant à la table. Feuilletant les pages, je notai que je n’avais pas vu ce pianiste depuis quelques semaines. Je n’avais pas eu la tête à aller l’écouter jouer, mais là… l’envie d’entendre les tristes mélodies me fit arrêter sur le dernier dessin de son visage. De sa silhouette liée au piano. Un couple mélancolique. Je ne pus que me fier à ma mémoire pour les admirer.

      Est-ce que le patient aux boucles sombres avait lui aussi subi une mutation? Je l’ignorai complètement, ne l’ayant pas non plus croisé dans les couloirs. Pour certains, la réponse était oui et elles différaient d’un à l’autre. Presque aléatoires, comme si quelqu’un eut dresser une liste de traits anormaux et eut décidé de tous nous en attribuer un. Voir deux. Ou plusieurs. Je ne savais pas exactement.

      Tandis que le cours de mes pensées allait de droite et à gauche, le crayon dans une de mes pattes le suivait. J’étais distrait, mais le dessin laisser deviner un garçon avec des notes partout sur le corps. Peu vêtu, ses doigts devenant des touches de piano. Je fermai les yeux, imaginait la musique et relâchai le bout de bois. Je ne voulais pas m’endormir, mais je me recroquevillai sur la table pour laisser mes membres s’engourdirent. Je ne dormais pas encore.
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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Sam 14 Juin - 15:26:51

Une fois de plus, je dois attendre que le soleil atteigne l'horizon avant de sortir de ma chambre. L'astre solaire étire ses rayons incandescents, rubescents, ses rayons célestes et sanglants qui finissent paisiblement de s'étendre jusqu'à imprégner le ciel lors de leurs derniers instants. Je reste quelques minutes dans le couloir à tourner les yeux vers les arbres de la forêt qui nous entourent. Mes yeux effleurent les herbes folles qui dansent sous la brise de l'été, une brise curieusement fraîche et que je ne tarderai pas à sentir, quand j'irai faire mon habituelle promenade nocturne. J'esquisse un sourire à cette idée et je finis par traverser le couloir, descendant les escaliers qui rejoignent alors le hall. Je n'entends que peu de bruits... Tout est calme, reposant. Agréable. Je ferme à demi les yeux et inspire un instant l'air. Ma peau est plus pâle que jamais. Mes lèvres sont presque bleuies. On voit le dessin de mes veines trancher avec ma peau. Elles ressortent, elles tranchent avec mon derme, elles se croisent, s'entrecroisent sous ma peau en un réseau compliqué, un réseau que je m'amuse parfois à suivre du bout des doigts ou des yeux... Un réseau qui me rappelle parfois à quel point la Soif assèche ma gorge, cette sensation affreuse qui tire sur mes cordes vocales à chaque inspiration, qui s'imprègne sur ma langue au point où elle me semble être de carton. Je ferme à demi les yeux et les ferme finalement complètement en tentant d'humidifier cette dernière à l'aide d'un peu de salive.

Autant aller boire un verre au réfectoire, voire prendre une bouteille d'eau pour accompagner ma sortie. Je franchis son seuil et m'étonne d'y trouver si peu de monde, d'entendre si peu de bruits... Mon horloge interne est totalement décalée depuis que mon rythme de vie se trouve modifié par toutes ces... mutations. Je cherche autour de moi et je finis par l'apercevoir. Lea'. Il a bien changé, lui aussi, en quelques temps. Sa tresse a été coupée, sa silhouette s'est modifiée, ses mains... ne sont plus ce qu'elles étaient. Je ne suis pas dans un meilleur état, loin de là. J'ai fondu comme neige au soleil. Mes os et mes articulations sont saillants. J'ai les traits tirés, j'ai perdu tant de poids qu'il m'arrive de m'évanouir. Les vêtements que je portais auparavant ne me vont plus, sont même trop larges pour moi. Ma beauté elle aussi s'est étiolée alors que mon état de santé s'est mis à dégringoler. Benedict n'est plus vraiment capable de me regarder. Je suis famélique, glacé, je n'ai pas seulement la peau sur les os... Je soupire d'ailleurs en adressant un regard à mes mains osseuses à présent. Je deviens si hideux. Je ne suis plus capable d'avaler quoi que ce soit. Mon estomac n'est plus capable de digérer, on me plante bien souvent des perfusions pour alimenter mon corps. Personne ne sait ce que j'ai, ce dont je suis atteint.
Lui aussi est touché, nous le sommes tous, et aucun scientifique ne semble préparé face à cela. Je m'approche doucement du jeune homme et j'effleure du bout de mes longs doigts ses cheveux mi longs, écartant une mèche qui cache ses yeux clos.

_ Tu dors ?

Je lui demande simplement. Ma voix est grave, bien profonde, totalement contradictoire à l'apparence que j'affiche. Elle en fait résonner ma cage thoracique, elle semble même vibrer et se répercuter le long de mes os. C'est tout ce qu'il reste de « puissant » en moi, avec ma passion. C'est tout ce qu'il reste de vivant, avec ce cœur qui bat avec toutes les forces qu'il me reste. L'entendre me donne plus de courage, plus de vaillance, plus d'endurance. Doucement, je m'installe à ses côtés. Je remarque d'une oeillade son assiette qu'il n'a pas vidée – peut – être a t il eu des difficultés à cause de ses... pattes ? Peut – être a t il besoin d'aide ? Je n'en serais pas dérangé, il m'est arrivé de le faire à Benedict pour le taquiner... Je redresse ensuite les yeux vers le carnet et le tourne légèrement vers moi avant de sourire, un sourire qui éclaire mon visage si maigre, un sourire qui éclaire doucement mes prunelles glacées de quelques lueurs plus vivantes.
_ Hey, serait ce dont moi ? Je continue dans un sourire bien plus radieux en ramenant le cahier vers moi, souhaitant le taquiner un peu.
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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Sam 28 Juin - 15:51:44

      Qui était-ce? Je la connaissais cette voix, mais à qui appartenait-elle? Cela m’était impossible à déchiffrer; partagé entre le rêve et la réalité. J’avais l’impression vague d’avoir le cerveau intangible comme un nuage et ne parvenait donc pas à saisir le tiroir recelant ma mémoire. Je savais, par contre, qu’une personne se tenait à proximité et m’avait adressé la parole. Je ne ressentais aucune menace, ne me précipitait pas sur la conscience du moment et tenta d’abord de reprendre possession de mon système moteur.

      Tremblotant, mes paupières finirent par se soulever entièrement et je regarda le jeune homme. C’en était un, après tout. Je le connaissais bel et bien, et surtout… j’eus été en train d’observer son visage avant de m’assoupir. Que faisait-il là, à ma table? Pourquoi regardait-il mon carnet à dessins? Je me redressai en ayant une pointe de rouge teignant le haut des joues. Point timide, à moins que cela ne concernait mes coups de crayon— je me recroquevillai un tant soit peu sans lui retirer l’objet des mains.

      « O-oui… » Je risquai un œil dans sa direction, le scrutai de mes orbes absinthe. Il ne semblait pas fâché, même qu’un sourire trônait sur ses lèvres. Doucement, un soupir m’échappa et j’esquissai une faible courbe avec les miennes.

      Thimothy semblait incarner le mot malsain, et pourtant je sus que son cœur ne l’était pas. Triste de ne pas pouvoir l’aider, d’assister avec impuissance à la détérioration de son état. Une mélancolie m’envahit alors et je me redressai mieux sur mon siège. Je me tournai légèrement dans sa direction et oubliai un instant qu’il tenait les pages de mon embarras. J’eus dormi à peine quelques secondes, était-il arrivé à cet instant?

      « J-j’espère que cela ne t’embête pas… » Bon, puis cela ne semblait pas être le cas.

      Je lèvai une patte vers lui, la posai dans son cou et frémit au contact froid de ce dernier. Le pauvre ne semblait avoir aucune circulation sanguine. Je recherchais la chaleur, d’abord et avant tout, lorsque les autres venaient me parler. Cela ne m’arrivait pas hors de l’institut, mais depuis mon arrivée de plus en plus. Un réflexe que je ne semblais pas pouvoir contrôler ou comprendre. « Tu es si… froid… » murmurais-je en un souffle chaud sur son cou. Le but n’étant pas de séduire, oh loin de là.

      Je ne saurais pas m’y prendre de toute façon. « Laisse-moi te réchauffer… s’il te plait… »

      Le carnet retrouva sa place sur la table, près de mon assiette et je glissai mes bras autour de lui pour l’attirer contre moi. J’étais chaud, très, et puis les câlins cela réchauffait sans aucun doute n'importe qui. Un ronronnement se fit entendre par la suite, peu fort, puis de plus en plus. J’étais blottit, le serrant sans lui faire de mal et profitant de cet instant où personne ne nous voyait. Pour l’espace de quelques instants, je pouvais ainsi me sentir moins seul et l’empêchait, par la même occasion, de regarder les autres pages de mon cahier à croquis.

      « Venais-tu… manger? »
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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Lun 30 Juin - 21:55:16

Je dessinais un peu mieux que la moyenne, mais j'étais bien loin d'avoir le niveau de Lea. Étonnamment, je me sentais proche de lui grâce à cela : nous étions tous deux des artistes. Lui préférait le dessin, moi, la musique. Le dessin avait une dimension plus... charnelle que mon art. On pouvait laisser nos yeux longer les silhouettes qu'il dessinait, caresser les courbes qu'il esquissait, se perdre dans sa vision d'un monde bien souvent plus merveilleux une fois passé le filtre de ses prunelles. Dans son dessin, j'oubliais ma maigreur, j'oubliais cette beauté qui s'était étiolée, arrachée de ma chair, lentement, mais sûrement, au point où je ne parvenais plus à avoir le courage de me regarder dans un miroir... Sur cette feuille de papier, je me retrouvais, moi et ma passion pour la musique, une passion telle qu'elle me donnait encore la force de me lever chaque matin, de jouer pour Benedict et ceux qui m'écoutaient, de leur offrir tout ce que j'étais encore capable de donner. J'étais et je suis toujours un homme égoïste, qui aime recevoir avant de donner... Mais la musique... Non, je ne la donnais pas, je la partageais. Je composais selon mes expériences, selon ce que je rencontrais, selon ce que je comprenais et ressentais. Je traduisais cela en quelques notes. En une langue universelle. Un langage qui ne fait pas appel au cerveau, à la réflexion, mais à ce que tous les hommes ont : un cœur. Des sentiments, des sensations.

Je préférai être représenté ainsi qu'en spectre armé d'une faux ou soutenu par une de ses nombreuses perfusions que les scientifiques me plantaient dans les veines, ces saletés que je me traînais dans le couloir, perché à ces saloperies comme un vieillard sur sa canne. Je n'avais jamais connu cette peur. Celle de mourir. Une crainte viscérale, qui croissait au fur et à mesure que ma santé s'effondrait. Mon rythme de sommeil se déréglait. Mon physique se modifiait. Mon corps s'asséchait. J'essayais d'être celui que j'avais été, un jeune homme souriant et plein de vie... Mais là... Non, je suis en pleine agonie, je sens ma vie qui s'échappe au fur et à mesure des jours. Mon cœur me fait mal, on me soupçonne des faiblesses cardiaques, ma température interne est bien plus basse que la normale, ma pression sanguine fait totalement n'importe quoi. Tous ignorent ce dont je souffre. Personne ne peut rien pour moi. Je peux seulement espérer que mon corps acceptera de tenir un jour de plus, que mon cœur voudra bien continuer à battre, mes muscles, à fonctionner, mon esprit, de créer. Car sans la musique, il y a longtemps que je me serais effondré. C'est d'ailleurs grâce à elle que je renoue lentement mais sûrement avec Benedict...

_ Oh non, ça ne m'embête pas, je dois d'ailleurs avouer que j'apprécie ton dessin, je le complimente. Ma voix est plus douce, alors que je le vois tranquillement s'éveiller. Il tombe si souvent dans cette léthargie, une profonde somnolence que je lui envie au possible. J'aimerai pouvoir me reposer, oublier cette souffrance qui me torture, cette douleur qui me brûle chaque jour qui passe. Je frémis quand sa patte se pose dans mon cou et détourne le regard au contact des coussinets brûlants... ça m'en coupe presque le souffle... Je ne suis plus habitué à la chaleur. Plus du tout. Bien que Benedict m'ait offert une bouillotte que je remplis constamment d'eau chaude pour la garder précieusement plaquée contre mon ventre. Son souffle dans mon cou me surprend et je sens mon cœur avoir un battement plus violent. Depuis que je suis ici, je n'ai jamais... Enfin, je n'ai pas... Hm. Je me suis habitué aux plaisirs solitaires, dirons nous, et pour ma peau à la sensibilité totalement modifiée, la moindre chaleur suffit à me faire frémir tout entier... Son murmure me laisse un instant déstabilisé, mais voilà qu'il repousse son carnet et que ses bras me rapprochent de son corps, de ce corps bien plus accueillant que le mien. Il était brûlant...

J'en suis presque grisé, mon cœur semble se ralentir encore davantage alors que son ronronnement se fait entendre, prend de l'ampleur. Il vibre dans sa cage thoracique, il m'en fait frémir tout entier, il me saisit au creux des entrailles et va résonner dans mes os, ces os fragiles qui s'allègent au fur et à mesure des jours qui passent. Je me laisse bercer et me détends progressivement dans sa chaleur. Mes bras maigres viennent tout en douceur s'attacher à la taille plus épaisse de mon ami pour me resserrer davantage contre lui. J'ai besoin de sa chaleur... C'en est presque vital... Mon sang circule plus aisément dans mes bras, adieu les fourmis qui me torturaient. Je parviens d'ailleurs à finir de me rassurer et de m'apaiser, je ne tremble plus, enfin.
_ Oui... Enfin, je voulais essayer, et au moins boire quelque chose... Je n'arrive plus rien à avaler, je... je régurgite tout, et ça me fait un mal de chien au ventre, je grommelle en fermant les yeux, les rouvrant pour jeter une oeillade vers les différents plats que je puis apercevoir, Qu'est ce qu'il y a à manger ?
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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Dim 13 Juil - 2:45:19

      J’ignorai la fragilité de sa poigne pour me concentrer sur la force de cet instant. Sans un mot, nous pouvions ainsi nous lier. Cela se rapprochait de ce que je pus ressentir lorsque j’écoutais sa musique. Ses notes qui me berçaient et qui m’emportaient dans un univers différent, loin de cet endroit. Beaucoup plus inspirant et malgré sa tristesse, il restait rassurant. Comme si la folie ne régnait plus. Je réalisai aussi que la folie et l’étrangeté n’étaient pas synonymes. L’un et l’autre possédant une définition propre.

      Aux yeux de certains, ce moment pouvait être perçu comme étrange, mais pas fou. J’eus un nouveau sourire lorsque sa voix résonna, résonnant contre moi et à l’intérieur de ma cage thoracique. Ce que Thimothy racontait n’était pourtant pas agréable du tout à entendre. Pas que je ne voulais pas entendre ses soucis, mais plutôt ces derniers me faisaient souffrir comme s’ils eus été les miens. Mon ronronnement se fit de plus en plus silencieux, jusqu’à être oublié et je me détachai lentement.

      « Ne te force pas… si tu veux, je n’ai pas touché à mon jus… » En jetant aussi un œil à mon plateau, je pus aussi apercevoir le potage que je n’avais pas entamé.

      Cela devait être plutôt facile à ingérer et digérer, peut-être pouvait-il en manger? Je pris d’abord la bouteille de jus qui n’était pas ouverte et la posa devant lui. Non pas sans l’échapper parce que les foutues pattes me rendaient maladroit— je dus me pencher sous la table pour rattraper le jus. Je soupirai et me redressai en faisant attention à ne pas me cogner. Je posai la bouteille près du grand brun. « Désolé, je… ne suis pas encore habitué… »

      Ce qui était normal, non? Ces pattes étaient un nouvel attribut, et j’espérais de tout cœur qu’elles ne soient pas permanentes. Je finirais par m’y faire, évidemment, mais j’étais encore incertain quand cela serait le cas. Et si l’état de mon ami continuait d’aller vers le bas? C’était pire que de simples coussinets. Je me mordis la lèvre, préférant ne pas penser à des détails aussi morbides.

      « Préfèrerais-tu… mon potage? Il est aux carottes, je pense… mais froid maintenant… » Forcément, après quelques heures les aliments ne conservaient pas leur chaleur. Tout comme l’Anglais ne devait pas conserver celle que je lui avais transmise.

      J’eus une idée alors et me redressai, m’enlevant du banc sur lequel j’étais assis et vint me glisser derrière lui. Sans mouvement brusque, je caressai son dos et sentis les os sous mes pattes. Je voulais le masser, mais ne voulais pas lui demander la permission. Un massage nécessitait-il une telle chose? S’il n’aimait pas, il pouvait toujours me repousser. Je commençai par les épaules, trouvant les muscles et les nœuds, laissant la chaleur se répandre et se joindre aux mouvements de mes pattes.

      « J’aime beaucoup la musique… que tu joues… c’est toi qui la compose…? » murmurai-je, les yeux fermés. Je m’étais remis à ronronner.

      C’était d’ailleurs les notes qui inspiraient mes coups de crayon. Je souris, continuant à masser tout en descendant le long de son dos, réchauffant chaque parcelle et retournai vers le nord ensuite. Sur la colonne, chaque vertèbre une note muette et je trouvai sa nuque. Je devais faire particulièrement attention de ne pas le griffer, et vint me blottir contre lui en montant jusque dans sa chevelure bouclée. Je ronronnai un peu plus fort, mais je commençai aussi à m’endormir. « Je m’endors… »
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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Jeu 24 Juil - 22:47:01

Ma voix est si grave comparée à mon corps. À croire que toute mon énergie vitale ait pu se concentrer dans mes cordes vocales. À croire que la musique s'efforce de me maintenir en vie... Ou de me voler tout ce qu'il me reste. Il est difficile de savoir si son influence est positive ou négative sur mon existence. Si elle me parasite ou me sert au contraire de soutien. Je tousse un peu, avant de grimacer très discrètement ; rien que ce geste tire sur les muscles de ma cage thoracique. Je me sens rouillé de partout. Si asséché que mes propres muscles, le moindre de mes tendons, me semble racornis, assoiffés, comme ces linges que l'on a trop tordus, essorés, étirés, au point d'en affaiblir leurs fibres. J'en viens à me demander si je ne serais pas atteint d'un cancer, d'une tumeur qui me priverait lentement mais sûrement de mes forces, mais qui, par la même occasion, déréglerait totalement le fonctionnement de mon corps... à ce qu'il paraît, les cancéreux alternent des moments d'épuisement total à d'autres plein d'énergie. À croire que lorsque la mort s'approche, on se prépare à ce sort où l'on se jette pleinement dans la vie pour s'en échapper au plus vite, pour s'extirper des serres de cette créature si avide. La Musique partage peut-être la même origine que la Mort : je ne parlerai pas des nombreux artistes qui ont perdu la vie à un trop jeune âge, ou encore ceux qui ont vu leur santé se dégrader... Mais elle est plus sournoise, plus discrète que la grande Faucheuse.

Je suivis du regard les gestes maladroits du jeune homme près de moi. Lui aussi avait changé. Ses cheveux avaient été coupés. Ses mains étaient à présent ces lourdes pattes qu'il ne cessait de maudire : bien qu'il ne le faisait que très rarement à voix haute, je remarquais aisément ses mâchoires se serrer face à leurs maladresses. J'hésitais, mais ne l'aidais finalement pas pour le mettre mal à l'aise. Je le remerciais pour le jus, et j'empruntais son verre pour m'en servir un peu. C'était... liquide. Et j'avais plus de facilité pour...pour manger, quand je n'avais pas besoin de mâcher, seulement d'aspirer. Je le vivais assez mal d'ailleurs : à croire que j'étais un vieux avant l'âge.
_ Merci... C'est gentil. Tu es sûr que tu n'en veux pas ?
J'en bois une petite gorgée. Juste assez de quoi éveiller mes papilles. Le goût sucré m'arrache un soupir de satisfaction et je glisse ma langue le long de mes lèvres un court instant en fermant les yeux. Je perçois aisément les arômes légers, mais ceux bien plus discrets, plus profonds, que renferme le jus de pommes. D'ici quelques mois, il aurait pu devenir du cidre, le sucre qu'il abandonne sur mes papilles me laisse d'ailleurs deviner qu'il aurait pu être du bon... J'ai toujours été un gourmet d'alcool, et le cidre, bien qu'étant une simple « mise en bouche », était tout simplement une de mes boissons préférées.
_ Et ne t'en fais pas... J'espère que ça va aller... Pour tes mains.
Je les trouvais douces, ses pattes. Il m'était déjà arrivé de les effleurer. Mais le jeune homme à mes côtés peinait encore à les manipuler à sa guise. Comment aurais je fait, à sa place ? Aurais je pu supporter seulement l'idée de ne plus pouvoir jouer de piano ? Non, ça non. Je me suis déjà bien blessé les mains, mais je me suis pourtant acharné à jouer. Je bois encore une gorgée du jus de pommes. Mon ventre ne proteste pas. Je n'ai pas mal. Alors je finis le reste du verre, m'en sers un nouveau pour le boire tout aussi vite. Cela fait des jours que tout ce que j'engloutis me fait souffrir le martyr... Enfin, j'ai trouvé quelque chose de nourrissant. Quelque chose qui me remplit le ventre, me bombarde le sang de sucre, mais qui me rassasie un peu. Mes muscles se détendent et je pousse même un petit soupir de satisfaction. Je retrouve un sourire plus franc d'ailleurs.

Comme quoi, l'appétit joue beaucoup sur l'humeur, quoi qu'on puisse en dire. Et c'est alors qu'il se glisse derrière moi. Je me tends par réflexe à la pression curieuse sur mon dos. Comparable à celle des scientifiques lorsqu'il souhaite établir leur diagnostique, qu'il me pousse vers la balance pour ensuite noter avidement, en quelques crochets sévères, le chiffre exact de mon poids au gramme près.
Mais ses gestes se font plus tendres. Il ne s'agit pas d'une analyse. Il s'agit d'un vrai massage. Je ferme à demi les yeux, puis les ferme complètement en basculant légèrement la tête en arrière. Je soupire de satisfaction alors qu'une de mes épaules émet un craquement sonore, un craquement osseux... Et pourtant, je suis loin de ressentir de la souffrance.
_ Oui... C'est moi. Je suis heureux, en tous cas... Si elle t'aide un peu, j'avoue en esquissant un pauvre sourire. La musique... c'était vraiment tout ce qu'il me restait, tout ce que je pouvais encore offrir sans trop en souffrir. Dommage qu'il y ait si peu de personnes pour la partager avec moi... Il me détend, et je frissonne quand je sens son souffle dans mes cheveux bouclés. Ses doux mots, murmurés près de mon oreille, m'arrachent un léger sourire. Je rouvre mes yeux clairs et j'ai un petit geste de l'épaule pour qu'il se détache.
_ On devrait peut-être sortir alors... Aller dans la bibliothèque ou dehors ? Si tu préfères, tu peux t'allonger et poser ta tête sur mes genoux, mais tu risques d'être mal installé. De un car tu seras en partie assis sur une chaise, de deux car... mes jambes ne sont pas confortables pour l'instant.
Pour l'instant... Car je comptais bien m'épaissir un peu, reprendre quelques kilos, être de nouveau ce beau garçon dont Benedict a encore conservé quelques photographies.

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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Lun 25 Aoû - 19:47:15

      Entouré de livres avec l’odeur des reliures me paraissait comme la pire idée; je ne risquais pas de rester éveillé dans un tel endroit. Le sommeil arriverait à grands galops et m’ensevelirait de rêves en un rien de temps.

      « Dehors, je pense… si tu ne veux pas que… je t’abandonne pour… Morphée, pas que... je veuille... tu sais... » soupirai-je en esquissant un sourire endormi. Je m’étirai tout en fermant les yeux, réfléchissant à une balade de soirée. L’air serait frais et rafraîchissant, jouerait dans mes boucles bourgognes et m’aiderait peut-être à garder les yeux ouverts. Étiré, je dépliai mes jambes et me levai du banc. L’engourdissement que j’eus sentis dans mes membres durant les instants précédent semblait s’être dissipé.

      Tant mieux.

      « La marche me dit… bien… ça ira, toi…? » Je ne pouvais rien faire pour mes pattes encombrantes, mais pour mon état d’esprit je m’en sortais. Ou du moins, faisait de mon mieux. Sa musique toujours et encore un baume sur les plaies internes. Invisibles aux yeux de tous, et que pourtant les notes savaient aider à la cicatrisation. Je ne voulais pas qu’il arrête, mais sa santé amoindrie allait peut-être finir par l’empêcher de composer? De jouer? Je ne pouvais pas m’empêcher d’y repenser.

      Long soupir, las et lourd comme si c’eus été un supplice de respirer. La paresse était un vice, dans mon cas la pire punition que cet institut m’infligeait. Punition pour quoi, au juste? D’exister? D’entendre des voix? Une voix en particulier… mais comment ces scientifiques pouvaient le savoir? Benedict l’avait peut-être deviné, ou encore Judicaël, mas ceux-ci ne savaient rien de concret… Rah. Réfléchir ne menait pas à des conclusions fructueuses.

      J’attrapai le plateau, le carton de jus vidé et aussi le verre sale, puis le quittait pour aller jeter ce qui était en plastique ou en carton. La vaisselle restait sur le dessus de la poubelle, avec les autres plateaux. Mettre mes muscles en fonction aidait un peu. Je passai une patte sur mon visage, puis baillai à m’en décrocher la mâchoire. Doucement, je revins auprès du pianiste. « Prêt? Je… vais juste ramasser mes trucs… » murmurai-je en esquissant quelques mouvements pour rassembler mon pousse-mine, ma gomme et mon carnet. Je pouvais les trimballer sans soucis, et même sans les échapper.

      « Si jamais… tu souffres… dis-le, d’accord…? On rentrera… » Je ne voulais pas le forcer, ignorait même pourquoi nous allions faire une balade. Je n’allais pas poser de questions pour autant puisque cela serait comme me plaindre. J’étais heureux de pouvoir passer du temps en compagnie de Thimothy. Pratiquement de n’importe qui, parfois, mais là sa présence feutrée me donnait une impression de sécurité contre les ténèbres. Peut-être était-ce le pouvoir de sa voix si grave? Si suave? Je l’ignorai, mais je l’adorais en silence.

      Je serrai le carnet contre la courbe de mon ventre, la dissimulant en partie par la même occasion et fixai son visage. « Tu peux… guider nos pas…? » Les miens m’amèneraient au cimetière. Comme d’habitude. Je ne voulais pas l’y amener.
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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Mar 16 Sep - 20:10:26

Je le regarde se redresser. Il a l'air si paisible. Si endormi. J'en viens à l'envier, d'une certaine façon. Mon sommeil est... particulier, depuis de longs mois. Il ne me guette pas, il m'assomme dès que le soleil apparaît à l'horizon. Il m'écrase tant et si bien que mes paupières se ferment avant même que je n'en ai conscience, au point où un des scientifiques a crû que je m'étais tout bonnement évanoui sous l'épuisement. Non, je m'endors, un sommeil si profond que j'en viens parfois à faire de l'apnée du sommeil. Et quand l'éveil me gagne, quand mes yeux s'ouvrent... Il se passe toujours quelques secondes où mon cœur semble comme peiner à battre. Ma conscience, à me revenir. Mon corps... Est comme paralysé. Mes sens, par contre, sont plus éveillés que jamais, au point où les battements désordonnés de mon propre cœur frappent comme un tambour mes tympans, animent mon corps tout entier d'une excitation qu'il n'y a pas lieu d'avoir, comme à la sortie d'un cauchemar, comme échappé d'ondes étouffantes...

J'ai parfois peur de ne plus me réveiller. Que ce sommeil soit le dernier. Auparavant, j'étais un homme joyeux, je m'offrais tous les plaisirs qu'il m'était possible d'endurer, que ce soit par de bons repas, de la bonne musique, des promenades sous la lune, de l'amour toute la nuit, des substances plus ou moins douteuses mais qui t'aident à échapper quelque peu de ta souffrance. À présent, je pense à toutes ces sombres choses... La musique, pour l'instant, me soutient. M'aide à défouler tout cela, à vider ma tête, mon cœur, de tout ce qui y pèse. Je m'en débarrasse en quelques notes improvisées sur le clavier du piano. Pour les plus résistantes, les plus poignantes, je les grave sur mes feuilles, je les corrige, je les relis, j'y cherche les notes idéales pour leur permettre de s'exprimer, de se libérer. Je cherche leur dernier soupir. Mais cela m'est de plus en plus difficile. Ma propre musique me dérange et me provoque des migraines. Mes mains tremblent parfois tant et si bien que je ne suis plus capable d'écrire correctement mes partitions. Comment ferais je, le jour où je n'en serais plus capable ? Je m'efforcerai probablement d'essayer, encore et encore, comme ce cher Lea s'efforce de dessiner malgré ces pattes qui le handicapent.

Si la paresse le tue et le ralentit, une maladie curieuse me ronge l'âme... Ce n'est pas la déprime, non, c'est au contraire mon corps qui semble se désagréger. Mon corps se meurt, tire mon âme dans la tombe. Je lutte, pour y échapper. Je veux vivre. Je veux m'en sortir. J'en viens à succomber parfois à ces pulsions sous-jacentes, ces appétits écœurants qui m'encouragent à me jeter sur toutes les gorges que je peux croiser, sur la moindre goutte de sang que je peux apercevoir. Je ne veux plus comprendre pourquoi ni comment, Benedict cherche pour moi ces réponses... Je n'ai plus l'esprit pour m'y consacrer, je n'ai plus les forces pour traquer une réponse. Suivre une simple conversation me devient difficile. Je le suis du regard quand il va jeter le contenu de son plateau. J'ai déjà... attaqué quelqu'un. J'espère que, cette fois ci, je saurai me contrôler. J'espère que je ne lui ferai rien. Il a l'air si paisible. Si doux. Alors que j'ai les nerfs à fleurs de peau, alors que tous mes instincts commencent à s'agiter, à s'affoler. J'ai soif. Je ravale ma salive pour m'humidifier la gorge.
_ Bien... Attends, je vais t'aider, je lui glisse doucement. Du bout de mes doigts, je ramène ses affaires près de ses pattes. Sans le vouloir, je finis même par y adresser une très légère caresse quand je m'écarte. Elles sont étonnamment douces... C'est agréable. Oh, certes, il est surprenant d'assister à de telles mutations... Mais on en croise à présent tous les jours, de plus en plus souvent, des mutations qui sont plus ou moins supportables à endurer.
_ Et oui, je te le dirai, ne t'inquiète pas. Je pense que j'ai besoin de sortir... Moi aussi. J'ai passé beaucoup trop de temps à l'intérieur. Plein d'examens... Et toi ? Tu n'en as pas trop ? Je tends le bras et le referme autour du sien. J'apprécie tellement sa compagnie. Il est doux, paisible. C'est un artiste. Comme moi, il peut me comprendre. Tout comme je suis sensible à son art. Je le serre un peu contre moi pour partager sa chaleur, alors que l'on sort du hall et que je le guide le long d'un des chemins partant de l'institut. Comparé à moi, il est bien plus rond... plus doux. Je me serre d'ailleurs contre lui, très doucement, pour sentir sa chaleur de nouveau se partager à mes cellules si glacées.
_ Tu es si chaud..., je laisse d'ailleurs échapper...
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MessageSujet: Re: you are afraid to die, and you’re afraid to live. what a way to exist.   Mar 7 Oct - 14:29:54

      Fusionnés ainsi, bras l’un dans l’autre et nos côtes se frôlant, un frisson coure le long de mes vertèbres. La température de son corps, dont je n’avais pourtant pas oublié la sensation en si peu de temps écoulé, me ramenait fermement dans la réalité. Je me sentais plus loin du précipice près duquel je m’étais approché, près d’une chute certaine. Je n’allais pas dormir. Ces mots…

      Des examens.

      Je l’eus imaginé entouré d’instruments, de machines qui donnaient des termes et des numéros incompréhensibles. Des piqures, des médicaments, des mains qui l’eurent touché— qui eurent pénétré dans sa bulle de confort. J’ignorais pourtant tout de celle-ci, voyant comment Thimothy était plutôt tactile et ne semblait pas se préoccuper de notre proximité. Ni du câlin offert plus tôt. J’eus levé la tête, détachant mon regard du sol pour le poser sur son visage blafard. Mon jus n’eut changé rien dans ses couleurs, mais je pouvais me consoler avec la notion de ma propre chaleur se répandant dans ses membres. Même si ce n’eut été qu’un peu, ce pouvait être mieux qu’aucune.

      Il ne semblait en posséder… aucune. J’ouvris la bouche. « Un seul… pour savoir si j’avais un autre anomalie... » Et je n’en avais pas, du moins, « à part mes pattes… j’ai une tâche de fourrure sur le torse… » Doux comme du pelage, celui d’un félin. Je n’eus pas précisé cela.

      « Je n’aimerais pas… qu’on conduise trop d’examens… sur moi. » La présence des médecins m’eut empêchée, en toutes circonstances, d’être à l’aise. Je ne la supportais qu’en de très petites doses. Heureusement, d’autres cas plus intéressants que le mien empêchait leur présence d’être à mes côtés trop souvent. Le diététicien s’entêtait à me voir, les fréquences de mes rendez-vous fréquentes, mais je ne m’y rendais pas toujours. Cela semblait plus le blesser que le mettre en colère.

      Clignant des yeux et détournant mon visage, j’observai le couloir qui s’étendait devant nous. Ne suis-je pas trop chaud? Brûlant? Fiévreux? Que j’eus voulu demander, mais aucun son ne fut produit par mes cordes vocales. Je restais silencieux, laissant ce silence confortable emplir l’air autour de nous. Son corps si froid… ne craignait-il pas une sortie à l’extérieur? Il était déjà malade, mieux valait ne pas trop abuser, non? Ah, je devais cesser de m’inquiéter. Il saurait me dire ou je saurais voir si jamais nous devions rentrer. Je l’espérais en tout cas.

      Nous approchions des portes principales, je suivais la cadence de ses pas sans mal, n’ayant pas l’habitude de marcher très lentement. Cela contrastait probablement avec la vitesse dont je débitais des paroles, mais bon. Chacun ses particularités. J’échappai un soupir, non pas de lassitude ni d’épuisement, mais simplement de l’air trop inspiré. « Dit… il t’arrive des trucs la nuit… ? Disons que tu vas te coucher… et que tu te réveilles autre part sans te rappeler… comment tu t’es rendu là… »

      Ce problème, mon plus gros pour l’instant, me troublait. Je n’en avais parlé à personne encore. Et à qui aurais-je pu le dire? Jesse semblait avoir disparu… Loar m’aurait réconforté, mais qu’aurait-il pu dire? Je me renfrognais légèrement, embêté de me confier. « J’imagine que ça ne t’arrive pas… »
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