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 Chat perché (avec Leannán O'Keefe)

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Celebren : 55
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MessageSujet: Chat perché (avec Leannán O'Keefe)   Sam 16 Nov - 20:32:49

Tu étais réveillé depuis 5 minutes déjà quand ton réveil retentit. Voilà qui n’était pas courant. D’habitude tu étais toujours une vraie marmotte à dormir jusqu’à la dernière minute. Alors dès que la radio s’enclencha tu tendis le bras et appuya sur le bouton d’arrêt. D’un coup d’œil vers son lit, tu remarquas que ton colocataire n’y était déjà plus. Tu ne risquais pas de le réveiller au moins. Tu te levas alors et regardas les maigres rayons du soleil derrière les nuages. Ça n’annonçait pas un temps excellent, mais au moins, il faisait jour quand tu te levais. Et ça, il n’y avait pas mieux pour te mettre de bonne humeur. Tu t’étiras un bon coup puis commenças à te préparer.
Des manches longues et un gilet à l’anglaise te recouvrit les bras et le torse, tandis qu’un jean noir protégeait tes jambes. Ce n’était pas une tenue des plus élégantes, mais elle avait son charme, et surtout tu y étais à l’aise. Rien ne te semblait plus désagréable que de te sentir coincé dans tes vêtements. À contre cœur tu enfermas tes pieds dans tes chaussures de ville, puis tu glissas une écharpe autour de ton cou. Avec les températures qui chutaient, tu ne voulais pas attraper froid !

Ainsi apprêté, tu te rendis au réfectoire et pris un copieux petit déjeuner. Ta journée ne pouvait bien commencer sans un bon repas pour te remplir l’estomac. C’était mathématique, l’un ne pouvait aller sans l’autre. Mais une fois ton plateau engloutit, tu te sentis plein d’énergie et décidas de faire un petit tour dehors. Après tout, tu étais finalement en avance pour tes rendez-vous de la journée, alors autant en profiter ! Tu rajoutas une bonne veste sur tes épaules et sortit du grand bâtiment.

L’air extérieur était un peu frais, mais on était encore loin des gelées hivernales. Tant mieux, ça ne rendait la chose que plus agréable selon toi. Tu respiras l’air à plein poumons et commença à flâner vers la forêt. Tu ne connaissais pas encore très bien les alentours, et il te tardait d’apprivoiser cette nature. Tes pieds foulaient l’herbe humide quand tu te retrouvas dans la clairière. En raison des nuages, il n’y faisait pas très clair, mais tu y étais au calme et cela te plaisait. D’ici, on n’entendait pas les aléas incessant de l’institut. Seuls quelques oiseaux faisaient résonner les arbres de leur chant. Un sourire calme se peignit sur tes lèvres et tu t’adossas à un arbre. Levant la tête vers les branches, tu te surpris de les trouver si larges et parfois si basses. Cela te rappela ton enfance, où tu t’amusais toujours dans l’arbre derrière chez toi. Et soudain, une idée saugrenue te passa par la tête. C’était une idée stupide, une idée folle et pourtant… irrésistible !

Alors ni une, ni deux, tu pivotas sur toi-même, et examinas les branches de l’arbre. Tu en repéras quelques une, puis commenças à te hisser sur la première. Mais rapidement, tu sentis que tes chaussures adhéraient mal à l’écorce et grimaças. Ces chaussures étaient bien belles, mais elles te gênaient plus qu’autre chose. Devrais-tu donc, renoncer à ton envie de redevenir un enfant et grimper à cet arbre ? Non ! Tu ne te laisserais pas abattre comme ça ! Casse cela ne tienne, tu retiras tes chaussures et les laissas tomber au sol. Puis tu repris ton ascension, colorant peu à peu tes chaussettes d’une magnifique teinte verdâtre. Arrivé à un petit mètre de hauteur, tu t’assis à califourchon sur la branche, et balanças tes jambes en reprenant ton souffle. Tu riais en ton fort intérieur. Voilà des lustres que tu ne t’étais pas amusé à de tels enfantillages, et rien ne semblait pouvoir interrompre ta rêverie…
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MessageSujet: Re: Chat perché (avec Leannán O'Keefe)   Mar 19 Nov - 1:45:56

      L’obscurité enveloppe la nature en cette heure matinale, soit cinq heures du matin. L’heure à laquelle tous mes sens s’éveillent et ne désirent qu’une chose; que j’ouvre les yeux. Ceux-ci s’exécutent sans la moindre résistance, à mon plus grand désespoir. Parfois j’ose espérer que je vais me réveiller aux alentours de six heures, ce qui serait beaucoup plus normal et pratique— hélas non. Je me retrouve complètement seul dans ma lucidité; ma conscience. Mis à part pour le cuisinier qui se lève tôt la plupart du temps, et que je n’ai pas envie d’aller voir (n’ayant pas envie qu’on fasse une remarque sur ma perte de poids), je ne peux partager cette solitude.

      Ce n’est pas tant dans mes intérêts, de toute façon. Cette partie de la journée me permet d’apprécier le silence et de ne pas redouter l’obscurité. Je peux profiter des levés du soleil, m’éclipsant souvent en douce jusqu’à l’extérieur. L’air est frais, même en été et surtout aujourd’hui. J’ai prévu le coup, m’étant revêtu d’un chandail à manches longues et d’un pull, puis bien-sûr, des pantalons et des chaussures. Je ne transporte rien d’autre que mon corps et oublie tous mes soucis. J’ai perdu beaucoup de poids en arrivant, et cela ne fait à peine quelques semaines. Je me sens léger, et c’est très agréable. Normalement, mon cahier à dessin ou à spirale me suivrait, prêts à être utilisés, mais ils sont restés sagement dans ma chambre. J’y repense puisque j’aurais dessiné, ou noté quelques idées qui me parviennent. Pour ne les ai-je pas emmenés?

      Je soupire doucement et rencontre un arbre sur mon chemin. Mes pas m’ont menés jusqu’ici auparavant, mais je ne suis jamais monté dedans. Les branches sont invitantes et me paraissent solides— alors je pourrais… le chat en moi ne voit que l’occasion de se dégourdir. Avec un sourire, je grimpe et me pose. Je m’installe et observe le paysage de cet angle. Peut-être ce sera mon nouveau perchoir. Un endroit où je pourrai me recueillir sans qu’on ne me trouve. Et sur ces belles images, je m’endors.

      Le temps passe, une heure ou plus, je ne sais pas. L’envie d’aller aux toilettes me tire de ma rêverie. Ou plutôt de mes rêves, point. Je ne suis pas tombé, visiblement. Je ne pensais pas m’assoupir dans une telle position, mais bref. Je décide donc de descendre, et puisque je vais rentrer, autant aller chercher mes cahiers. Hop, une fois dans l’herbe, un nouveau sourire étire mes lèvres. Je me dirige rapidement hors de la clairière, jusqu’au bâtiment. Je ne prends pas plus qu’une demi-heure à courir un peu partout et ressort aussitôt. En espérant que cette fois-ci, je ne m’endorme pas.

      Mais dès que je pose un pied dans l’enceinte verte, je sens qu’il y a une différence. La sensation que je ne suis plus le seul m’envahit et je regarde, par réflexe, en direction de l’arbre. J’ai raison. Quelqu’un s’adonne à la même activité que moi plus tôt! Quelqu’un grimpe l’arbre! Mon arbre. Enfin, non, ce n’est pas le mien. Je soupire et m’avance dans leur direction. Je reconnais finalement qui c’est. M. N’Dour. Sa personnalité m’a toujours intriguée, comme si elle était un peu trop enjouée. Mais là… je n’en suis qu’intéressé davantage. On dirait un gamin. Ai-je eu l’air de ça? Mais moi, personne ne m’a vu… pour l’alerter de mon existence, je me pose près du tronc.

      « M. N’Dour... ? C’est bien... là-haut? » Ma voix n’est pas assez forte. Je lève un peu le menton. « Faites attention quand même... ce serait malin que vous tombiez! »

      Amusé par la situation, je souris pour la troisième fois. « J’y étais ce matin, mais je suis allé chercher mes cahiers. Je peux... vous dessiner... ? Comme ça? »
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MessageSujet: Re: Chat perché (avec Leannán O'Keefe)   Dim 1 Déc - 13:48:13

Les pieds dans le vide, tu regardais l’horizon à travers les branchages. Tu te sentais libre et excité. Le parfum des feuilles était frais. La vue sur la bâtisse était un peu grise. C’était bien différent des sensations de ta terre natale, et pourtant… Assis en haut de ton perchoir, tu te sentais de nouveau là-bas. Tu avais de nouveau 5 ans, et tu étais grand et fort. Installé au-dessus de tous, tu les gouvernais du regard. Tu étais le roi ! Tu attrapes une grande feuille, et la glissa dans tes cheveux. Voilà, tu avais retrouvé ta couronne. Tu regardas au loin, et dessinas les contours de ton royaume. Les montagnes d’un côté, et la forêt de l’autre. Ton château grouillait de monde, et tu listais mentalement les noms et les visages de tes sujets. Certains étaient plus excentriques que d’autres, mais en bon roi, tu les aimais tous. Il y avait Benedict le conseiller, Ludwig le scientifique renfrogné, ou encore Peter, compagnon d’arme, et tellement d’autres…
Pour l’heure tout allait pour le mieux, mais il fallait rester sur ses gardes. L’ennemi pouvait surgir à tout moment ! Qui sait ce qu’il pourrait inventer la prochaine fois ? la brume d’esprits maudits ? Une tempête de glace ? Qu’importe ! Jamais tu ne lui laisserais ton royaume ! tu le protègerais au péril de ta vie et…
« M. N’Dour... ? C’est bien... là-haut? »
Quel était donc ce chuchotement ? Ne serait-ce pas quelqu’un qui t’appelle ! Vite, tu es le souverain, tu dois répondre. Tu dois être là, prêt à défendre tes terres, et ses loyaux sujets. Tu regardas autour de toi, et ne vis personne. D’où cela pouvait-il venir ? Tu fronças les sourcils et scrutas l’horizon, quand la voix se fit entendre plus clairement :
«Faites attention quand même... ce serait malin que vous tombiez! »

Tu regardas sous tes pieds et aperçus une silhouette. Impossible ! Quelqu’un t’avais vu, niché dans un arbre, le sourire conquérant d’un gamin aux lèvres. Mais qui était-ce ? Tu ne la reconnaissais pas. Alors tu te penchas davantage, pour discerné l’espion. Mais à force de te pencher, tu perdis l’équilibre, et réprimas un cri de frayeur. Ta couronne tomba, ton château se renversa, et tu glissas de ton songe royal. Par réflexe, ton bras s’agrippa à l’arbre, et tu te retrouvas avec une jambe sur ton ancien trône, et l’autre pendante entre deux branches, tel un chimpanzé. Finit les rêves d’enfants, te voilà ramener brutalement à la réalité. Alors que tu vérifiais que tes prises soient assez stables pour ne pas retomber, tu entendis de nouveau :
« J’y étais ce matin, mais je suis allé chercher mes cahiers. Je peux... vous dessiner... ? Comme ça?»
Résistant à l’envie de regarder de nouveau ton interlocuteur, tu lui répondis d’une voix mal assurée :

« Hum… oui… non, patientez un instant s’il… s’il vous plait. »

Tu ne pouvais pas rester comme ça. Tu ne tiendrais pas longtemps. Il fallait que tu changes de position. C’est pourquoi, tu vérifias ta prise au niveau de tes bras, puis retiras ta jambe, et la laissas pendre avec la seconde. Après quelques tâtonnements, tu retrouvas une branche sur laquelle prendre appui, et y posas tes pieds. Ton équilibre retrouvé, tu soupiras de soulagement. Tu descendis encore un peu, et t’assis plus sagement. De là, tu pouvais beaucoup mieux voir celui qui avait surpris ton escapade infantile. Tu notas alors ses cheveux rouges et ses vêtements amples. C’était sans doute un patient… Il souriait. Il y avait de quoi en même temps. Ce n’était pas tous les jours qu’on apercevait un psy en train de faire le singe ! Tu remarquas ensuite son carnet à dessin, et te rappelas de sa demande. Les pensées se bousculèrent dans ta tête rougie par l’effort, et tu repris d’une voix aussi posée que possible :

« Excusez-moi, je ne vous avais pas vu. Je… vous pouvez me rappeler votre nom s’il vous plait ? »
« Vous… vouliez me dessiner ? Comme ça ? »


Les mains posées sur le tronc, tu t'assurais de rester stable. Respirant profondément, tu peinais légèrement à cacher ta gêne, et attendis la réaction du jeune homme. Allait-il se moquer de toi, avec tes chaussettes couvertes de mousse ? ou ferait-il comme si rien ne c’était passé ?
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MessageSujet: Re: Chat perché (avec Leannán O'Keefe)   Ven 13 Déc - 1:25:21

      Tout d’un coup, je ne sus si c’eut été une bonne idée de lui poser cette question. Encore moins lors de la suite— et je dus le regarder; impuissant. Son cri ne m’inspira un frisson, mais je ne sentis aucune inquiétude s’insinuer en moi. Je n’étais ni heureux de sa maladresse, ni embêté. Seulement, que ferai-je lorsque le jeune homme tombera? Devrai-je courir et alerter quelqu’un? Et si on m’accusait? Je vois bien son malaise devant mon regard, et il ne me regarde plus. Sa position m’inspire tout de même un sourire, je me le permet, tout en espérant qu’il ne m’en voudra pas. Dans mon esprit, je prend une photographie mentale. Cette position me donne encore plus envie de dessiner. Le psychologue, enfant, dans un grand arbre…

      Mais puisque sa réponse est non, je ne bouge pas et attend, comme il me l’a demandé. Je me devais d’être sage, d’être patient, et cela n’est pas difficile. J’ai tout le temps du monde (ou presque). J’écoute d’une oreille attentive et hoche alors la tête lentement. Je ne dis pas oui d’une voix forte, reste encore silencieux et ouvre mon cahier à croquis. Ceux de quelques autres patients, mais bien-sûr tous sous l’emprise de la jeunesse, peuplaient ses pages couleur crème. Certains en noir et blanc, certains difficiles à comprendre, ceux plus faciles à reconnaître. À la mine.

      « J’ai… mémorisé votre position. De singe. Puis-je dessiner celle-là? » Je rougis soudainement, et m’assois au sol sans lui montrer les pages noircies. « O’Keefe… Leannán (Lyuh-nawn). »

      Alors, si M. N’Dour m’a donné la permission, cela veut dire que je peux dessiner. Je ne peux m’empêcher de trouver notre situation étrange, lui perché au-dessus de ma tête et moi le derrière sur l’herbe froid. Tant pis. Je replis mes genoux, rapproche mes jambes de mon corps pour y poser le cahier. Celui-ci, je l’ai volé au club d’arts, mais bon… si l’on ne m’a pas vu, je ne vais pas l’avouer. Personne, jusque là, me l’a reproché. Cette pensée m’a traversé l’esprit puisqu’un membre du personnel est là. Mais je me dis que s’il ne se rappelle pas de mon nom, on ne doit pas savoir que je l’ai volé. Doucement, la chaleur qui s’était accumulée dans mes joues se dissipent et je peux me concentrer sur le canevas vide qui me fait face. Je ferme les yeux, imagine la scène d’il y a quelques minutes plus tôt. Je le vois clairement, pendu d’une branche avec un bras et une jambe.

      Ce n’est plus un homme, mais plus un jeune garçon d’à peine dix ans. Il a un air de triomphe sur le visage, aucune gêne n’est apparente. Il est maître de ses gestes, de cet arbre, de tout ce qui est sous lui. C’est un enfant avec un caractère imposant, que tout le monde apprécie. J’ignore si cela est vrai, mais pour le croquis, ce sera le cas. Ce n’est pas M. N’Dour, c’est Idowu. Peut-être ce prénom ne franchira pas mes lèvres, mais c’est ce que j’écris en haut, à droite. Je dessine, m’enferme dans ma bulle.

      Ma main s’agite, le crayon caresse la feuille et au bout d’une trentaine de minutes, j’ai mon image. Je n’en suis pas fier, alors je travaille dessus jusqu’à obtenir un résultat qui me plait plus. J’étais si concentré que j’eus déjà oublié ma fausse solitude. Je lève alors le menton, mon regard absinthe cherchant la présence parmi les feuilles. « Voulez-vous… voir? J’espère que cela ne vous décevra pas… et um, je n’ai pas un fétiche bizarre— juste une habitude. De dessiner les gens jeunes, je veux dire! » Je me retiens de me frapper le front, et me redresse plutôt. Je tends le cahier au bout de mes bras, pour lui. Je tremble. Je n’aime pas l’opinion des autres, après tout.
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MessageSujet: Re: Chat perché (avec Leannán O'Keefe)   Lun 13 Jan - 13:25:36

Que la situation était cocasse. De loin on aurait dis deux amis qui s’amusait dans la forêt, donc l’un ne pouvait s’empêcher de retourner à ses jeux d’enfants, en grimpant au arbre. On était bien loin de ton bureau calme, et ces sièges où l’on s’y asseyait sagement. Non, là le cadre était différent. Mais tu y pensais tout de même… déformation professionnelle sans doute. Après tout, tu n’étais pas dans le cadre d’une consultation, donc ce n’était pas si grave, et tes appréhensions s’apaisèrent peu à peu. Tu ne voulais pas faire mauvaise impressions, pour une fois que l’on te proposait un si bon poste.

Mais revenons à nos moutons. Le jeune homme aux cheveux rouges voulait te dessiner, et face à cette demande singulière, tu n’avais pu refuser. C’était bien la première fois que l’on te proposait d’être un modèle. Tu étais presque gêné. Fallait-il prendre la pose ? Parviendrais-tu à rester immobile ? Tu ne savais pas. Mais finalement, ce ne fut même pas la peine. Le dessinateur avait retenu ta position « de singe ». Tu souris de ton propre ridicule. Ce n’était pas très glorieux, mais en effet, tu avais dû faire penser à un drôle de chimpanzé à t’accrocher maladroitement entre les branches.
Soit, si c’était comme cela qu’il voulait te représenter, tu n’allais pas contredire l’artiste. Allait-il faire ta caricature ? Ce serait toujours amusant à voir ! Tu le vis d’ailleurs se replier sur lui-même, assis à même le sol, et commencer à griffonner. Après quelques minutes, tu t’aperçus qu’il n’avait pas du tout besoin de toi, et qu’il ne te portait pas un regard. Tu descendis discrètement de l’arbre. Après tout, tu étais un homme pas un singe.
Remarquant la concentration presque exclusive de Leanàn, tu en profitas pour cacher tes chaussettes salis dans tes chaussures. Puis tu t’adossas à l’arbre et l’observas à ton tour. Le dos plutôt vouté sur son cahier à dessin, son regard si coloré disparaissait sous ses cheveux foncés. Il avait l’air totalement absorbé par son œuvre, et tu n’osas pas l’interrompre. Il fallait aussi « apprécier les silences » t’avait-on dit un jour. Et puis tu en profitais pour l’examiner d’avantage. En y regardant plus attentivement, tu devinais les multiples couches de vêtements sur le corps frêle du jeune homme. Peut-être n’était-ce qu’un effet d’optique, mais il semblait tout de même un peu maigre pour sa silhouette. Ce n’était pas très gai comme observation, mais ce n’était pas non plus étonnant avec des gens qui vivaient dans un hôpital. Tout de même, tu ne pouvais t’empêcher de te demander ce qui motivait cet amincissement… tu le saurais peut-être si tu revoyais Leanan dans ton bureau ? Tu verrais cela plus tard.

Pour l’heure c’était les coups de crayons affûté de Leanan qui attisait ta curiosité. Le dessin n’était pas ta passion, mais tu aimais observer les artistes au travail et voir l’œuvre naitre sous tes yeux. C’était comme avoir la récompense sans l’effort ! Ça ne pouvait être qu’agréable. Seulement voilà, pour cela il aurait fallu que tu te penches par-dessus l’épaule de ton compagnon. Et au vue de sa posture, tu doutais qu’il apprécie de se faire ainsi épier. De toute façon, tu ne connaissais pas grand monde qui apprécie qu’on regarde par-dessus son épaule quand il travaille ! Toi le premier.
C’est pourquoi tu réprimas ton ardeur, et continuas de regarder les mouvements habiles de sa main, jusqu’à leur arrêt complet.

Si ton impatience s’accentuait progressivement, cela ne t’empêcha pas de profiter du cadre dans lequel vous vous trouviez. Tu remerciais presque Leanan d’être si absorbé par son œuvre, car tu retrouvais la joie de profiter d’un moment de tranquillité en pleine nature, même en compagnie d’une autre personne. Alors tu t’amusas à deviner l’état d’avancement du dessin en fonction du mouvement du crayon. Ce n’est pas une tâche facile, et sans doute te faudrait-il encore de l’entrainement car c’est avec une expression d’agréable surprise que tu l’entendis annoncer la fin de ses travaux.
Il te tendit le cahier pour que tu puisses découvrir son œuvre, accompagné de quelques étranges explications. Mais tes yeux pétillaient déjà comme quelqu’un qui avait gagné le gros lot ! Rien n’était plus amusant et intéressant pour toi que d’observer les œuvres de quelqu’un. Tu n’étais pas doué en dessin, loin de là, mais ça ne t’empêchait pas d’apprécier celui des autres. Tu notas ses tremblements, comme signe d’une extrême timidité et te promis de lui répondre avec douceur quoi que tu découvres.
Quelle ne fut pas ton étonnement d’apercevoir la silhouette d’un enfant ! On était bien loin du chimpanzé que tu avais envisagé ! Ce qui te surprenait davantage, c’était cette expression de fierté et d’assurance qu’il pouvait porté, malgré sa position singulière. Tu passas plusieurs secondes à examiner la finesse des traits et divers détails, en silence. Te reconnaissais-tu dans ce croquis ? Tu n’aurais su le dire franchement. Cela t’évoquait surtout le souvenir de cette insouciance, d’un autre temps, d’un autre lieu. Tu y retrouvais là, une part de toi, que tu croyais perdu dans l’oubli. Avais-tu toi-même affiché ce visage plein d’assurance ? Qu’en était-il aujourd’hui ?
Finalement, tu reportas ton regard sur l’artiste.

« Vous avez un sacré sens de l’observation. » dis-tu avec un demi-sourire.

Abasourdi par cette image de toi-même, tu en avais presque oublié cette histoire de fétichisme. A vrai dire, tu étais encore bien loin de penser à une telle chose, et préférais tourner la chose sur son aspect positif.

« C’est un don intéressant que vous avez, de pouvoir capter l’âme d’enfant des gens, je veux dire. Bien des personnes, une fois adulte, oublient les joies de l’enfance. Cela peut être une bonne chose que de le leur rappeler ! »
Tu affichas un sourire plus franc et te mit à l’interroger :
« Cela fait longtemps que vous dessinez ?
Pourrais-je… en regarder d’autres ? »
ajoutas-tu en désignant les autres pages noircies du cahier.

Intérieurement tu mourrais d’envie de les voir - par intérêt professionnel, cela va de soi ! voyons- mais Leanan semblait tenir profondément à ce cahier, et tu ne voulais en aucun cas paraître intrusif à son égard, en y fourrant ton regard sans permission.
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MessageSujet: Re: Chat perché (avec Leannán O'Keefe)   Sam 8 Fév - 5:28:18

      Je ressentis une émotion désagréable dans le creux de mes viscères. On aurait dit que mes boyaux s’entortillaient pour créer de multiples nœuds. J’ignorai pourquoi j’appréhendais toujours autant le regard des autres sur mes dessins. Peu importe le nombre de compliments que j’eus pu recevoir depuis que j’en fais; j’eus toujours cette appréhension. Elle m’importunait, pour tout avouer et ne fait que renforcer l’handicap que j’ai de vouloir garder le carnet invisible— du moins, de garder les dessins dissimulés aux yeux des autres. Je n’aimais pas ressentir ce malaise et pour me l’éviter, j’omettais de montrer mes œuvres.

      Depuis mon arrivée à l’institut, je n’eus pas cru que j’aurais le temps et après je ne pensais pas pouvoir me procurer un cahier à dessin. J’avais réussi à montrer mes croquis à mon ami, le jeune Clavell, mais je ne pensais pas avoir le courage de refaire le processus avec quelqu’un d’autre. Surtout pas à un personnage important tel que M. N’Dour.

      D’abord mon cerveau enregistra ce sourire. Ce n’était pas un trait définitif, ni très large. L’angoisse pesa lourdement dans mon estomac, me donnant presque envie de le serrer contre moi, de me serrer contre moi-même, en petite boule. Il avait paru si excité, fébrile à l’idée de se voir sur papier! Et voilà que ce dernier semble déçu… Ce commentaire « sens de l’observation » qu’est-ce que ça voulait dire, exactement ? Est-ce positif, ou négatif? Son expression ne laissait rien paraître. J’attendis donc la suite. Je le regarda de mes grands yeux.

      Bon, visiblement pour le psychologue c’était un don. J’arquai un sourcil, étonné, puis rougis. Je voulu le remercier, mais rien ne sortit. Je continuai de garder le silence, mais cette fois-ci baissa les yeux. Capteur d’âmes… c’était une drôle de façon d’illustrer la chose, mais je décidai de le prendre comme un nouveau compliment. Ce qu’il dit m’encourage, d’une part, puisque un de mes rêves était de publier un bouquin pour enfants. Si mes inspirations étaient réelles, d’adultes du présent pour les ramener dans le passé… cela pourrait créer des résultats intéressants. Un concept qui pourrait piqué la curiosité pour tous les âges.

      Mais je descendis sur Terre lorsque les questions se mirent à atteindre mon ouïe. En levant le menton rapidement, je vis son sourire. Plus franc, plus rassurant. Comme si ce serait acceptable de lui faire confiance. Le brun n’aurait aucun intérêt à se moquer de moi. Du moins, c’est ce que je voudrais croire. Je déglutis, hésitant à répondre. Est-ce par politesse que le cher monsieur désire voir le reste? Je ne saurais dire. Je ne suis pas un expert en relations sociales. Encore moins avec des types professionnels…

      Après tout, ce pourrait être son boulot de paraître intéressé. Mais en même temps, nous n’étions pas dans son bureau. Nous partagions le temps de l’un et l’autre sans agenda.

      « O-oui, a-allez-y… ça ne me dérange pas… » ma réponse est discrète, ma voix presque effacée par le vent. Je rebaissa les yeux. « Depuis la petite école, j’ai toujours aimé dessiné ce qui m’entourait. Ces derniers temps— » Je n’eus pas le temps de me consacrer au crayon et au papier, à mon rêve. À cause de Ninian.

      « Mmh, avant d’être interné, um je travaillais beaucoup et j’étudiais. Je pouvais pas trop dessiner. D’une part, j’aime être ici. J’ai plus de temps. » Pour m’adonner à des activités qui me plaisent. De l’autre part, que je ne dirai pas à haute voix, je me sens piégé. Je dois faire face aux changements étranges qui surviennent petit à petit dans mon corps. Dans mon comportement…

      « Était-ce vos plans? Depuis le début? De faire ce métier…? » Je réalisai que ma formulation était décousue, tout comme si j’eus poser de multiples questions bien que c’en était plutôt juste une. J’haussai les épaules. « Ce n’est pas… trop de mes affaires… pardon. »

      Je tendis ensuite les mains pour reprendre mon cahier, sans lui prendre, plutôt espérant qu’il me le redonne. Sans être brusque ou sec. Mes joues me paraissent être en feu. Encore.


(Honnêtement, je suis rentrée tard du boulot, je sais pas d'où vient cette rép... en espérant que ça te plaira Q q Q)
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